Révélations sur les dernières négociations dans le Bunker de Gbagbo (Afrik 365)

 

Révélations sur les dernières négociations dans le Bunker de Gbagbo
Afrik 365

L’ambassadeur Jean-Marc Simon se rend en effet tous les jours au Golf hôtelrencontrer soit le président ivoirien élu, soit son directeur de cabinet, soit Soro, raconte Jean-Christophe Notin.

 »Je sentais Ouattara confiant. Il estimait que Gbagbo allait finir par céder de toute façon. On a pensé qu’il serait bon qu’il s’installe à Yamoussoukro. Mais c’était très difficile en raison de la présence de la garde républicaine. Il fallait en particulier s’assurer la possession de l’aéroport ». Confie l’ambassadeur.

A la croisée des destins

Un plan est rapidement ébauché par Soro : les forces nouvelles descendraient du nord par l’ouest, secteur jugé plus facile puis rebiqueraient vers la capitale en transversale. Seul inconvénient, mais de taille : «Ils se sont vite rendu compte, explique Simon, que leur puissance militaire était  totalement dérisoire».

Le schisme ivoirien se cristallise avec deux présidents, deux administrations, deux armées, qui retrouvent leur autonomie d’avant 2005.

«Que dois-je faire, confie par exemple une haute autorité militaire ivoirien au Comanfor. Je suis  général, nous avons une Constitution semblable à celle de la France, donc je dois rester loyal au président  en place». Le général Palasset ne lui en porte pas grief,  lui-même se demande ce qu’il ferait en pareille situation.

Toutefois, il n’hésite pas manier la menace : «Je leur disais : faites attention, il y a déjà  eu le Rwanda, la communauté internationale ne restera pas passive, vous en courrez tous  une  comparution au TPI».

La DGSE en approche certains pour leur vanter les mérites d’un ralliement, mais la plus belle prise de guerre pour Ouattara serait indéniablement le CEMA, Phillipe Mangou, qui est annoncé à quelques reprises comme ayant basculé en sa faveur.

L’attaché de défense français, le colonel Héry, qui le connait depuis 2002 se rend chez lui, sur ordre, pour un entretien particulier au goût de solde de tout compte :

«Il n’est jamais trop tard pour faire machine arrière, lui explique-t-il. Si vous le décidez, sachez que nous pouvons assumer la protection de votre épouse. Sinon, vous savez ce qu’il va se passer, combien vos actes sont illégaux et comment nous finirons par intervenir». Mangou affirme avoir compris le message.

Mais le colonel l’a à peine quitté qu’il s’empresse de tout rapporter à Gbagbo. Et la seule discussion entre  officiers supérieurs devient une tentative de débauchage, Mangou déclarant qu’il lui aurait été demandé de placer l’armée ivoirienne sous le commandement de Ouattara.

«Je n’ai pas pu lui proposer ce genre de marché, explique Héry. Mon accréditation aurait été immédiatement retirée  par le gouvernement ivoirien». Prudent, le CEMA ivoirien continuera jusqu’à fin mars à se ménager la bienveillance des deux camps  en conservant sa place auprès de Gbagbo tout en entretenant le contact avec Licorne.

Le régime bénéficie encore actifs en France.

«La France ne doit pas être en première ligne dans cette affaire-là; déclare Pierre Moscovici, parce que nous ne sommes plus dans la Françafrique». Et il y a les compagnons de route de Gbagbo qui, refusant de renier leur amitié, probablement de bonne foi. Guy Labertit évoque «une tentative d’usurpation du pouvoir orchestrée par l’ONU».

De leur coté Henri Emmanuelli et François Loncle signent de conserve un communiqué accusant «la majorité des médias français, relayés par un certain nombre de responsables politiques. Tous de donneurs de leçons d’avoir entrepris une campagne de suspicion  et de dénigrement  à sens unique dirigé contre les autorités ivoiriennes.

L’Elysée prend pour nouvelle initiative d’écrire une lettre à Laurent Gbagbo. Y sont reprises en fait les propositions qui lui ont  été soumises par téléphone onze jours plus tôt-par Sarkozy-lui offrant une porte de sortie honorable. Sarkozy obtient de Goodluck Jonathan, président de la Cedeao, qu’il fasse de même,

mais quand il se tourne vers les Etats-Unis, l’administration américaine fait ajouter une allusion à  d’éventuelles poursuites pénales. Est-ce la raison pour laquelle le président Obama, se rendant compte que la démarche est, dès lors, vouée à l’échec, ne la signe pas lui-même ?

Chaque jour apporte une mauvaise nouvelle pour Gbagbo.

La France dispose de multiples leviers d’action économiques et financiers en Afrique. Héritage historique, le trésor français est le gardien des traités de coopération monétaire pour les trois monnaies africaines ; il peut accorder des prêts aux banques centrales en difficulté, mais en contrepartie, ses hauts fonctionnaires siègent au sein de diverses instances financières africaines.

Ainsi, sous-directeur aux affaires  financières internationales, Rémy Rioux est-il le représentant de la France à la BCEAO depuis 2010. [L’enjeu du trésor français  est trop important] pour bien calibrer les actions  à mener. L’asphyxie financière du  régime est organisée.

L’arrêt des financements de la Banque Mondiale et du FMI. Les rentrées fiscales s’annoncent mauvaises. Gbagbo doit improviser  des parades pour trouver au moins 100 milliards de francs CFA nécessaires chaque  mois au fonctionnement de l’administration. Le gouvernement ne rembourse plus ses dettes, à commencer par 30 millions de dollars d’intérêts qu’il devait verser à un consortium de banques fin décembre 2010.

Tout contribuable doit payer ses impôts en cash ou sur un compte encore accessible par le pouvoir en place. Certaines des grandes entreprises françaises s’y plient parfois aussi. L’apprenant l’avocat Jean-Paul Benoît s’avise d’approcher à Paris l’une d’elles :

«Il était notoire que son entreprise alimentait Gbagbo en cash via des commissions sur ses activités. Je suis  donc allé lui demander que,  par mesure d’équité, mais aussi dans son propre intérêt, pour conserver plusieurs fers au feu, elle en verse aussi une partie à Ouattara qui, bloqué auGolf hôtel, manquait cruellement de finances.

Il m’a répondu que  »les affaires n’étaient plus ce qu’elles avaient été, qu’il n’avait pas les moyens, etc. » Je lui ai suggéré d’au moins appeler Ouattara. Il m’a expliqué qu’il ne voulait pas discuter au téléphone…».

 

Afrik365

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