Libye: Butin de guerre, prétexte et objectif réel (Mondialisation.ca)

Libye: Butin de guerre, prétexte et objectif réel
Par Dominique Arias
Mondialisation.ca

 

 

libye Saif al-Islam Gaddafi attends a hearing behind bars in a courtroom in Zintan

Pendant près de quatre ans, dans les sphères politiques et médiatiques du bloc occidental, plus personne ne daignait plus tourner les yeux vers la Libye. L’affaire était close, c’était un succès, la dictature était terminée (peu importe comment), et quoiqu’il puisse en découler, ça ne pourrait jamais être pire pour les Libyens que ce qu’ils avaient connu sous Kadhafi.

libye - ka

Depuis quelques mois, le ton change, et peu à peu (à part Sarkozy et BHL) tout le monde se met à constater qu’effectivement l’opération de l’OTAN en Libye s’avère à terme un fiasco colossal auquel il faut absolument remédier d’urgence. Ça partait d’une bonne intention mais ça n’a pas tourné comme ça aurait dû et maintenant, avec Daech qui s’installe, il est grand temps d’intervenir physiquement, d’être présent sur le terrain et… d’empêcher tout retour en arrière !

A en croire les médias, leurs sources et les porte-paroles des milieux politiques et militaires qui soutiennent assez unanimement cette nouvelle intervention militaire, celle-ci relève toujours, évidemment, des meilleures intentions du monde et il s’agit une fois de plus de notre « responsabilité de protéger » (R2P) le peuple libyen. Seulement, cela contredit diamétralement ce qui se passe en Syrie, ou plus exactement, dans l’éclairage de ce qui se passe en Syrie et du carnage qui nous a laissé totalement indifférent en Libye pendant près de quatre ans, cela ne sonne pas très crédible cette bienveillance militarisée d’urgence.

Mais c’est un peu confus tout ça. On déboule en Libye en plein « printemps arabe » avec l’OTAN en soutien à des bataillons d’islamistes radicaux, on casse tout (sans mettre le pied au sol !), et on se barre en laissant le pays à feu et à sang, totalement détruit, aux mains de milices islamistes qui massacrent et purgent à tout va, et qui pendant quatre ans vont s’entretuer non-stop pour s’arracher le pouvoir. Et quatre ans plus tard, on revient pour mettre de l’ordre en posant finalement pied à terre, avec armes et bagages – bien que nos propres alliés sur place nous l’interdisent – et c’est juste normal ! Aujourd’hui, on parle même de rétablir la monarchie en Libye, ce qui n’est pas vraiment le meilleur moyen d’apporter la démocratie quelque part (militairement en plus). Quant à ce que demandent les Libyens eux-mêmes, pas question de leur demander leur avis là-dessus non plus, ils auront ce qu’on leur donnera.

Dans le même temps, en Syrie, après avoir soutenu, financé, armé ouvertement pendant quatre ans les mêmes milices islamistes notoirement liés à Al-Qaïda qu’on avait soutenues en Libye en 2011 – et qu’on était pourtant supposés combattre partout dans le monde depuis 2001 – affichant les mêmes objectifs et les mêmes méthodes, on se retrouve à combattre Daech (alias Al-Qaïda en Irak et au Levant), tout en diabolisant inlassablement ceux qui combattent réellement Daech sur le terrain (la Russie, l’Iran, le Hezbollah et l’armée syrienne) et en fermant les yeux sur le trafic de pétrole entre la Turquie (membre de l’OTAN) et Daech, qui permet à notre ennemi d’avoir de quoi se payer des milliers de mercenaires et tout l’armement qui va avec, pour nous combattre. Et c’est juste normal !

Pire, la Turquie bombarde en plus les Kurdes – qui eux aussi combattent victorieusement Daech – parce qu’ils veulent couper le corridor (à la frontière turque) qui permet aux mercenaires de Daech de s’alimenter en armes, en munitions et en renforts étrangers en écoulant leur pétrole volé. Et tout ce qu’on a à proposer en réaction à ces bombardements, c’est de créer sur cette zone de trafic absolument vitale pour Daech une « zone d’exclusion aérienne » (comme en Libye avant notre glorieuse intervention) et d’y coller tous les réfugiés qui fuient les combats et les pénuries dues à l’embargo drastique et illégal qu’imposent les pays de l’OTAN à la Syrie, afin que personne n’ait plus le droit d’intervenir militairement contre Daech à la frontière turque. Autant dire que ce qu’on demande c’est de sanctuariser, avec la bénédiction de l’ONU, le poumon de Daech en matière de trafics en tout genre et de lui faciliter la tâche, en plus, pour recruter localement ses mercenaires qui, depuis le début des frappes russes et le désenclavement de l’armée syrienne, se raréfient singulièrement.

Et pour couronner le tout, on demande aux Russes, à l’armée syrienne et aux Kurdes de faire une pose d’un mois ou deux en plein milieu d’une offensive (victorieuse en plus) contre Daech et ses alliés, pour « négocier une sortie de crise » entre alliés et ennemis – alors qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits – et réfléchir à des élections. Dans un pays en pleine guerre ? Il y a au moins une quarantaine de pays qui interviennent directement ou indirectement dans le conflit syrien (la plupart sans y être invités par la Syrie et sans l’aval de l’ONU, donc en totale violation du droit international), on ne sait plus nous-mêmes sur le terrain qui est l’allié ou l’ennemi de qui, ni à qui vont les armes, les vivres et le matériel qu’on continue de livrer en masse, et on leur demande d’organiser des élections ? Transparentes ? Autant dire qu’on demande aux adversaires de Daech de faire une petite pause, pour laisser le temps à leurs ennemis de souffler un peu, de se requinquer, de se réorganiser, de se ravitailler et de se préparer à la seconde mi-temps de l’offensive en cours, le temps de disserter sur l’optimisation des conditions électorales en pleine guerre ! Et les pays de l’OTAN, leurs médias et toute leur sphère politique trouvent ça on ne peut plus normal !

Mais en Libye, là, il y a urgence ! Il faut intervenir tout de suite parce que Daech est en train de s’implanter. Mais Daech, c’est notre ennemi, c’est notre allié, ou c’est juste un prétexte ?

Comme d’habitude, il faut regarder sous le tapis pour comprendre. Ce n’est pas en regardant le journal de 20 heures, en lisant la presse ou en écoutant les débats faussement endiablés à la radio – où tout le monde est en réalité d’accord sur l’essentiel – qu’on peut comprendre grand-chose. En Syrie, la majorité des Syriens soutiennent clairement le président Al Assad (seul garant de l’indépendance et de l’unité du pays) et, non pas « le régime », mais les forces armées de leur pays, qui combattent des hordes de mercenaires armés et financés par des puissances étrangères, et qui sont prêtes à faire de la Syrie ce qu’elles ont fait de la Libye en quelques mois à peine. A franchement parler, si j’étais Syrien, entre Al Assad et Daech ou l’OTAN (ce qui, à voir le résultat en Libye, revient littéralement au même), je n’hésiterais pas une seconde. Les Syriens considèrent majoritairement (et à juste titre) les Occidentaux comme leurs agresseurs, sans l’intervention desquels leur pays ne serait pas dans l’état où il est actuellement, et c’est exactement la même chose en Libye. Et c’est précisément là que les Occidentaux (y compris « le régime de Washington » et « les forces du régime de Hollande », pour parler des troupes coloniales françaises, qui piaffent d’impatience) considèrent qu’il y a bel et bien un fiasco à réparer d’urgence en intervenant militairement sur le terrain.

But et butin de guerre

A ce qu’on nous en a dit, en 2011, les piliers de l’OTAN (US, UK, Fr) ont subitement décidé d’intervenir d’urgence en Libye pour « libérer » les Libyens et empêcher l’épouvantable dictature de Kadhafi de commettre un génocide à Benghazi où les « printemps arabes » venaient de bourgeonner, porteurs de paix, de stabilité, de « liberté » et de « démocratie ». Tu parles ! Feu vert de l’ONU mais interdiction d’intervenir au sol, afin « de ne pas s’ingérer trop dans les affaires libyennes », le résultat ne s’est pas fait attendre : corruption, avidité, vengeances et mentalités archaïques ont pris le dessus et le printemps libyen a sombré en enfer. Voilà ce qui se passe quand on évite d’être physiquement présent sur le terrain chez des “indigènes” qui ne sont pas prêts à la démocratie.

Si on ne se pose pas plus de questions que ça, la version magnifiquement unanime des médias peut sembler suffisamment cohérente pour paraître crédible. Au fond pourquoi pas. Pendant des décennies on n’a eu de Libye que des mauvaises nouvelles ; y a pas de fumée sans feu !

Au mieux, les plus sceptiques, s’ils ont des doutes sur les motivations réelles des Occidentaux en Libye, ironiseront suspicieusement sur les richesses pétrolières du pays : les plus grandes réserves d’Afrique, le top prémium en qualité, littéralement aucun déchet au craquage. L’éviction de Kadhafi puis de Daech ne serait-elle pas finalement le meilleur moyen de « gérer » nous-mêmes les fabuleuses ressources libyennes sans trop s’encombrer des Libyens, et d’empocher le pactole ? Si on doute des motivations bienveillantes des grandes puissances occidentales, généralement plus promptes à instaurer des dictatures qu’à les renverser, tant qu’elles servent leurs intérêts, inutile de chercher plus loin : Kadhafi méritait d’être renversé, mais les Occidentaux l’ont fait en réalité uniquement pour faire main basse sur le pétrole ! Au-delà, c’est la théorie du complot…

Evidemment, cela rentre en ligne de compte. Il y a effectivement du pétrole en Libye, il y en a en Syrie, en Irak, en Iran (le prochain sur la liste), il y en a même en Côte d’Ivoire, au Mali, au Soudan, en Russie même si on veut. Et le sous-sol de l’Afghanistan, comme celui du Congo, regorge de ressources de toutes sortes, mais ça c’est le butin de guerre. C’est ce qui fait marcher la troupe, à commencer par les milieux d’affaires, qui seront les premiers à mettre la main au portefeuille pour miser sur l’industrie de mort et financer les préparatifs d’une guerre, puis son lancement.  C’est ce qui mobilise aussi les « chiens de guerre », bidasses officiels ou mercenaires transnationaux, comme ceux de Daech, qui ne se battent que si on les paye mais qui pourront dévaster un pays et le saigner à blanc avant une « intervention militaro-humanitaire » que leurs propres exactions, habilement assimilées aux réactions défensives de leurs adversaires, justifieront d’office. Lancer une guerre d’agression sur des prétextes bidon, comme en Irak, peut coûter cher à une poignée de diplomates éclaboussés au passage, mais payer pendant dix ans des milliers de mercenaires internationaux à mettre un pays à genoux avant de lui porter le coup de grâce en intervenant directement pour, justement, « le libérer » de ces mêmes mercenaires, ça n’a rien d’interdit, au contraire !

Si difficile à croire que ça puisse paraître, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les spécialistes occidentaux du droit international ne sont toujours pas parvenus à tomber d’accord sur une définition exhaustive du terme « guerre d’agression », pourtant considéré depuis Nuremberg comme Le « Crime international suprême », celui qui « diffère seulement des autres crimes de guerre en ce qu’il porte en lui l’horreur accumulée de tous les autres » comme l’avait à l’époque défini le juge Robert H. Jackson. Curieux, non ?

Le butin de guerre, c’est ce qui fait miser les parieurs, ceux qui pensent pouvoir tirer quelque bénéfice d’une guerre (des étoiles de général, une stature de chef de guerre, une fortune de milliardaire, etc.). Mais la guerre, c’est aussi une industrie en soi, une industrie extrêmement lucrative, et c’est en définitive pour certains pays le moteur même de pans entiers de leur économie. Pour fabriquer des bombes, des avions, des missiles, des mitrailleuses et tout l’arsenal d’accessoires et de munitions qui vont avec, il faut des minerais, des camions, des pneus, des composants, des accessoires, des services, des carburants, des usines, des routes, de l’énergie, des transports, des infrastructures, il faut des milliers d’hommes qui mangent, qui roulent, qui calculent, pilotent des machines, des réseaux, des chaines de fabrication, des industries entières, etc. Pour vendre une guerre, il faut des « boîtes de com. », des médias, des « spécialistes », des orateurs, des diplomates, des hommes d’affaires, des négociateurs, des financiers, des banquiers, des traders, des « spin doctors », des responsables politiques, des hauts fonctionnaires, etc. … et des victimes, peu importe qui elles sont, où elles sont ou ce qu’elles demandent…

Quand on n’y réfléchit pas plus que ça, on peut trouver assez normal qu’une entreprise d’armement fonctionne sur les marchés internationaux comme n’importe quelle entreprise privée, qu’elle y cherche des actionnaires pour financer son développement, et qu’elle rémunère ces actionnaires en proportion des bénéfices qu’elle aura fait. Ce qui implique de produire à « flux tendu »,  de chercher des débouchés pour écouler sa production, de « créer des marchés » pour augmenter son potentiel et faire monter le cours de ses actions. Mais c’est quoi « créer des marchés » pour une industrie d’armement ? (Et on peut se poser la même question pour les compagnies pharmaceutiques.)

Enfin, si au lendemain de la Seconde guerre mondiale une puissance comme l’URSS était effectivement capable de reconvertir toute son industrie de guerre et de faire produire, du jour au lendemain à ses usines de tanks des tracteurs et des machines agricoles, parce que la structure de l’Etat le permettait, un tel mouvement était et reste absolument impossible dans le modèle économique occidental, car le lâchage des actionnaires entraînerait instantanément un mouvement irréversible de faillites en série dans tout le secteur de l’industrie lourde, avec contagion probable dans les autres secteurs. Nous nous sommes sciemment condamnés à l’industrie de guerre à perpétuité ; au moins jusqu’à ce qu’on nous arrête.

Si on ne cherche que du côté du butin de guerre, on ne peut rien comprendre à l’histoire moderne du Viêtnam, du Laos ou du Cambodge, et on ne peut dégager aucune similitude avec les méthodes, les stratégies ou le mode de fonctionnement des conflits actuels. En revanche, si on se penche honnêtement sur l’histoire d’un pays comme la Libye, on trouve d’autres motivations que le seul butin de guerre, et qui n’intéressent pas directement les parieurs.

A la veille des « printemps arabes » la Libye était le pays le plus riche et le plus prospère du Maghreb et même de toute l’Afrique, mais pas seulement grâce au pétrole. Contrairement à l’Arabie saoudite ou aux autres pays du Golfe, la Libye était surtout le pays d’Afrique où le niveau de vie moyen de la population était de très loin le plus élevé ; où la qualité de vie de la moyenne de la population était la plus élevée.

Par Dominique Arias – 02 mars 2016

Caractéristiques de l’Etat libyen sous le « régime » Khadafi

1 –  Scolarité gratuite et obligatoire

2 –  Couverture médicale gratuite

3 –  Eau à usage domestique gratuite

4 – Electricité à usage domestique gratuite

5 –  Toutes les denrées alimentaires de base étaient subventionnées (ex : un kg de pâtes acheté 1€ à un producteur tunisien était revendu 0,50€ en magasin)

6 – Prix de l’essence : 0,08  le litre

7 – Pas d’impôts à payer pour les citoyens libyens

8 – Pas de TVA en Libye

9 – Prêts à taux zéro pour les citoyens libyens dans les banques libyennes

10 – Sous Kadhafi, la population libyenne avait de très loin le niveau de vie le plus élevé de tout le Maghreb et incontestablement de toute l’Afrique

11 – Dès le renversement de la monarchie par Kadhafi, la scolarisation des enfants était devenue une priorité de l’Etat Libyen : Gratuite et obligatoire jusqu’au secondaire pour les garçons comme pour les filles, l’éducation restait gratuite en Libye jusqu’à la fin des études universitaires

12 –  Taux d’alphabétisation supérieur à 90%

13 – Financé essentiellement par l’Etat, l’enseignement supérieur représentait 38,2 % du budget national

14 – Tout étudiant désireux de poursuivre ses études à l’étranger recevait du gouvernement libyen une bourse d’environ 1 627 Euros par mois

15 – Tout étudiant diplômé recevait pendant le restant de ses études le salaire moyen de la profession correspondant au cursus choisi, puis pendant au moins un an s’il ne trouvait pas d’emploi tout de suite

16 – Le droit au logement étant fondamental en Libye, et le logement devant appartenir à celui qui l’occupe, tout citoyen libyen (homme ou femme) privé ou dépourvu de logement pouvait s’inscrire auprès d’un organisme d’Etat afin qu’un logement lui soit attribué, sans avance d’aucuns frais ni crédit… il en devenait ensuite propriétaire.

17 – Lorsqu’un couple se mariait, l’Etat offrait le premier logement (appartement ou maison, jusqu’à 150 mètres carrés)

18 – Chaque famille libyenne, sur présentation du livret de famille, recevait une aide de 300 Euros par mois (rente pétrolière)

19 – Dans les Jamaïya, on vendait à moitié prix les produits d’alimentation pour toute famille nombreuse, sur simple présentation du livret de famille.

20 – Tout citoyen libyen souhaitant effectuer des travaux dans sa maison pouvait s’inscrire auprès d’un organisme d’Etat, pour demander à ce que ces travaux soient effectués gratuitement par des entreprises de travaux publics contractuelles.

21 – Pour tout fonctionnaire en déplacement à travers la Libye, l’Etat fournissait gratuitement un véhicule et un logement de fonction. Si le déplacement se prolongeait au-delà d’un certain temps, il en devenait pleinement propriétaire.

22 – Dans le service public, si une personne s’absentait une journée ou deux même sans justificatif de santé, ces journées n’étaient pas déduites de son salaire.

23 – Dès 1969, Kadhafi avait fait du statut des femmes l’un des piliers de la transformation de la société : scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, autorisation du mariage portée à 18 puis à 20 ans, éducation mixte jusqu’au secondaire. Dès les années 2000, les Libyennes étaient majoritaires dans les universités nationales.

24 – De même qu’en Syrie, la parité (l’égalité hommes/femmes) était obligatoire et assez strictement appliquée en Libye. Les femmes y avaient accès à des fonctions importantes et à des postes de responsabilité au même titre que les hommes.

25 – Le port du voile était libre et facultatif. De nombreuses femmes ne le portaient pas, y compris à des postes importants ou de responsabilité, dans le privé comme dans le public.

26 – Le coût de la vie en Libye était beaucoup moins élevé que celui qui prévaut en Europe, en France notamment. Par exemple, le prix d’une demi-baguette de pain en France est d’environ 0,50 Euros. En Libye il était de 0,11 € !

27 – Les voitures de toutes marques (Chevrolet, Toyota, Nissan, Mitsubishi, Peugeot, Renault…) étaient vendues au prix d’usine

28 –  Jusqu’au renversement de Kadhafi, la Libye était le dernier pays dans la liste des pays les moins endettés. La dette publique y atteignait à peine 3,3% du PIB. En France, elle est de 84,5% du PIB aux USA de 88,9% ; au Japon de 225,8%.

29 – En 2009 le produit national brut (PNB) atteignait 62 milliards de dollars et le PNB par habitant de 12 020 dollars plaçait la Libye parmi les cinquante pays les plus prospères du monde. La Libye était le pays le plus développé d’Afrique, selon le classement IDH (Indice de développement humain) établi par le Programme des Nations unies pour le développement.

30 – A la veille du renversement de Kadhafi, la Libye était le septième fonds souverain financier dans le monde (les réserves fiduciaires du pays étaient notamment supérieures à celle de la Russie).

31 – La Libye participait ardemment au développement de l’Afrique et à son indépendance vis-à-vis des ex-puissances coloniales occidentales et notamment de leur système monétaire. A la veille du renversement de Kadhafi, l’état libyen était prêt à investir plus de 60 milliards de dollars dans 25 pays d’Afrique, afin de donner du travail à des millions d’Africains et de les charger de construire l’économie de leurs pays sur un modèle inspiré du modèle libyen, une démarche diamétralement à l’opposé de celle des gouvernements occidentaux en matière de « pré-carré africain », et de leurs intérêts.

32 – A la veille de son renversement, Kadhafi œuvrait à la création d’une monnaie africaine pour remplacer le Franc CFA, toujours en usage depuis « la fin » de l’ère coloniale dans le « pré-carré » français d’Afrique de l’Ouest. Il proposait aussi la fin du monopole obligatoire du Dollar US dans les transactions pétrolières internationales. (Sans doute deux des causes les plus directes de son renversement).

33- En matière d’activisme, chaque citoyen libyen pouvait s’investir activement dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques, au niveau local, régional, national ou international, dans le cadre d’un système de démocratie directe qui allait des Congrès populaires de base (permanents) au Congrès général du peuple (grand congrès national qui se réunissait une fois par an), ou sur le plan tribal (Conseil suprême des tribus libyennes – un autre mode d’organisation parallèle mais agissant surtout sur le plan régional, et dont le parlement gérait une bonne part de la vie politique nationale libyenne. Pour un pays de 6 à 8 millions d’habitants au total, sur environ 3,5 millions d’adultes, 600 000 citoyens participaient activement à la vie politique. (Considérée comme de la trahison, l’opposition radicale directe au système dans son ensemble, avec financements étrangers, n’était pas tolérée)

34- La Libye est la première réserve pétrolière d’Afrique. Elle compte 1800 km de côtes sur la Méditerranée et a un des taux d’ensoleillement parmi les plus élevés au monde. Son modèle économique et social est aujourd’hui totalement anéanti.

Si nos médias, de droite ou de gauche, étaient autre-chose qu’une industrie au service de l’industrie, s’ils n’étaient dirigés par des hommes d’affaires – dont les profits dépendent d’actionnaires et de publicitaires, dont les humeurs dépendent d’investisseurs, etc. – ils auraient pu nous expliquer tout ça avant le conflit, mais ce n’est pas leur boulot. Dire la vérité, les faits tels qu’ils sont, porter un regard impartial, équitable, honnête, c’est pas leur job. Leurs employés se font virer s’ils font ça ! Mettez-vous à leur place. Dans aucune entreprise normale on ne peut tolérer qu’un type, au prétexte qu’il veut rester neutre, intègre ou honnête, se mette à dévoiler publiquement les infractions commises par les clients ou les actionnaires de la boîte pour laquelle il travaille et dont elle dépend vitalement financièrement. Pourquoi voulez-vous que ce soit différent dans un canard, et a fortiori une chaine TV ? Posez la question à d’anciens journalistes, à ceux qui ont quitté le métier, à ceux qu’on a viré parce qu’ils refusaient de se taire.

OTAN phase 2, le retour !

Ce qui rend l’intervention des pays de l’OTAN si urgente en Libye aujourd’hui, ce n’est évidemment pas la présence de Daesh, qu’on s’efforce de sauver en Syrie et en Irak et qui a d’autant plus besoin du pétrole libyen qu’elle est en train de perdre son lucratif trafic d’or noir dans ces pays. Au contraire, notre présence sur place pourrait même dissuader les Russes d’y écraser nos précieux séides si un nouveau gouvernement libyen leur demandait officiellement d’intervenir. Le problème réel, c’est l’absence d’amnésie générale sur place et le refus des Libyens d’oublier ce qu’était leur pays sous Kadhafi, et de tourner la page.

28 juillet 2015, condamnation à mort de Seif al-Islam, fils de Kadhafi désigné pour lui succéder à la tête du pays, et de huit autres responsables du régime, par un tribunal de Tripoli. La sentence ne peut être exécutée car Seif al-Islam est détenu par les milices de Zenten (alliées de Tobrouk et opposées au régime de Tripoli), qui refusent de l’extrader.

Une semaine après le prononcé du verdict et malgré les menaces des milices, des manifestations s’organisent dans tout le pays, réclamant la libération de sommités du régime renversé par l’OTAN et Al-Quaïda en 2011. Plutôt pacifiques dans l’ensemble, ces manifestations regroupaient indistinctement hommes et de femmes de tous âges. Plutôt inféodées au gouvernement de Tobrouk, les chaînes libyennes montrèrent une répression modérée dans les villes de l’Est du pays (Tobrouk, Ajdabiyah, Benghazi, etc.), et beaucoup plus violente dans le sud et l’ouest de la Libye (contrôlé par les factions fidèles à celui de Tripoli), où les milices ont carrément ouvert le feu sur les manifestants à la mitrailleuse et au lance-roquette – sans susciter d’ailleurs la moindre indignation dans les médias occidentaux – notamment à Syrte, ville natale de Kadhafi. Dans le Fezzan (Sebha, Tarhounah), région sud du pays historiquement très liée à Kadhafi et où la résistance armée s’était très rapidement organisée dès la chute du régime, les manifestations au départ pacifiques ont rapidement tourné à l’affrontement armé entre miliciens et manifestants. C’est dans cette région que s’étaient rapidement concentrées dès 2012, les Forces Spéciales occidentales et les opérations de répression les plus systématiques. Dans certaines vidéos, les manifestants de Sebha brandissent des portraits de Kadhafi et les drapeaux verts de la Jamahiriya, tandis qu’un chasseur bombardier survole la ville pour les intimider. Or, contrairement à celui de Tobrouk, le gouvernement de Tripoli qui contrôle Sebha n’a pas de pilotes de chasse.

14 septembre 2015, le Conseil suprême des tribus libyennes – qui détenait la réalité du pouvoir sur le plan régional à l’époque de Kadhafi – se réunit dans le sud de la Libye et nomme Seïf el Islam, comme son représentant légal. Si aucun des gouvernements qui ont successivement ou simultanément pris le pouvoir en Libye depuis le début de l’agression de l’OTAN n’a jamais pu prétendre à la moindre légitimité vis-à-vis du peuple libyen, il n’en va évidemment pas de même du Conseil suprême des tribus libyennes, qui (si marginalisé soit-il) reste en Libye le seul organe réellement représentatif de l’ensemble de la population du pays. Aberration imposée par l’Occident en 2011, ni le gouvernement de Tobrouk (illégalement reconnu par les pays de l’OTAN) ni celui de Tripoli, n’ont le droit d’intégrer les tribus libyennes dans le jeu politique.

Janvier 2016, c’est cette fois la fille de Kadhafi, Ayesha, qui reprend à son tour le flambeau de la résistance contre l’OTAN et ses milices islamistes, et demande aux Libyens de tous bords de se soulever et de rejoindre le combat pour le rétablissement de la Jamahiriya (traduction littérale du terme grec « démocratie » en arabe, généralement traduit en français par « Etat des masses »). Bombardée lieutenant général de l’armée libyenne à la veille d’une offensive terrestre de l’OTAN sur le sol libyen, elle prête solennellement serment de loyauté envers son père, sa famille et son peuple, et s’engage à réunir des Libyens fidèles à Kadhafi pour former un gouvernement de l’ombre (secret government), qui agira en médiateur, en Libye comme à l’extérieur (source : Maja Orlic, South Front, 2016).

Ayant perdu son père, plusieurs de ses frères, son mari et deux de ses enfants dans la précédente agression de l’OTAN (ses autres frères étant aux mains des forces d’occupation), la nouvelle égérie de la rébellion libyenne a appelé les militaires restés fidèles à la Libye à la reconnaître comme leur chef suprême, ayant pour mission de restaurer l’unité nationale, en déclarant : « Mon nom me donne le droit et le devoir d’être en première ligne dans cette bataille. […] Nous sommes tous prêts pour un combat à mort » dans lequel les terroristes auront en face d’eux une nation unie. Une version imprimée de cet appel serait actuellement distribuée dans les rues des principales villes libyennes, notamment Tripoli, Tobrouk, Benghazi et sans doute Syrte, malgré Daesh.

Outre que le modèle économique occidental n’est manifestement plus capable de fonctionner hors du mode psychotique de l’économie de guerre, si les Occidentaux ont aujourd’hui une excellente raison de se presser d’intervenir militairement et de s’installer durablement en Libye, voire d’y rétablir la monarchie renversée par Kadhafi en 1969, c’est précisément le risque de voir renaitre de ses cendres le régime qu’ils foulaient aux pieds en 2011 – avec les principes fondateurs du droit international : non-ingérence, non-agression et autodétermination des peuples – et de le voir polariser autour de lui plus que jamais tous les autres pays d’Afrique, encore englués dans le pré-carré et la pesante tutelle des vieilles puissances coloniales. Comme en Syrie, Daesh n’est qu’un prétexte. La vraie hantise de l’Occident ce n’est pas Daesh ou l’intégrisme islamiste (ce sont nos seuls alliés au Proche Orient), l’ennemi c’est le nationalisme arabe et la renaissance d’une vaste nation arabe, multiculturelle, multiconfessionnelle et fédérale, du Maroc à l’Iran, s’offrant en modèle à l’Afrique noire. Ça, ce n’est ni le butin ni le prétexte de la guerre, c’est la cause première de toute cette interminable kyrielle de guerres abjectes que les pays de l’OTAN ne cessent de lancer et de laisser pourrir indéfiniment au Proche et au Moyen Orient.

Interviewé sur le site américain Business Insider, George Friedman, célèbre analyste politique US et fondateur de la société de renseignement et de consulting Strategic Forecasting, plus connue sous le nom de Stratfor, déclarait récemment au sujet du moyen de préserver l’hégémonie des USA contre tout ennemi potentiel n’importe où dans le monde : « On peut le faire, en soutenant leur désir de s’égorger mutuellement afin qu’ils n’aient plus d’argent pour envahir les Etats-Unis. C’est précisément pour cela que nous avons participé à la Première Guerre mondiale, à la Seconde Guerre mondiale et à la Guerre froide. La situation actuelle est telle que nous ne devons laisser aucun pays accéder à l’hégémonie mondiale. Nous ne cherchons pas à vaincre. Nous ne devons pas perdre”. Autrement dit, ces guerres ne s’enlisent pas par « erreur », elles s’enlisent parce que leur seul objectif est de détruire et d’empêcher toute reconstruction dans les pays visés. Détruire pour détruire, jusqu’à l’identité culturelle même des habitants.

Courageux petit pays de 6 à 8 millions d’habitants à peine, ruiné, dévasté, pillé, mais assez téméraire pour se dresser encore face à l’OTAN et à son plus épouvantable avatar islamiste, Daesh. Petit mais fier, le regard dur et dans le sang le sable rouge et indomptable du désert.

Dans la mystique militaire occidentale, mars est resté symboliquement depuis Rome le mois de la guerre et du lancement des campagnes et offensives militaires. Ce fut le cas au Kosovo, en Irak, en Libye déjà en 2011. A moins d’un miracle ou d’un bref sursis, ce sera probablement le cas à nouveau en Libye cette année encore.

Brave petit pays, toujours debout, comme un petit soldat, avant la tempête.

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